N° 8266
VENDREDI 26 FÉVRIER 2016  
 
 
 

Maison Souveraine ( Communiqués )

Cérémonie de remise des insignes de Commandeur de l’Ordre du Mérite maritime à S.A.S. le Prince Albert II - 8 décembre 2015



 

 
A 10 heures, S.A.S. le Prince, accompagné du Lieutenant-colonel Jean-Luc Carcenac, Aide de Camp de S.A.S. le Prince, arrivait au Palais de l’Elysée par la rue du Faubourg Saint-Honoré.

A Sa descente de voiture, le Souverain passait en revue un détachement de la Garde républicaine et était accueilli sur le perron d’Honneur par M. François Hollande, Président de la République française.

M. le Président de la République et S.A.S. le Prince Se dirigeaient ensuite vers le salon des Ambassadeurs où les invités Les attendaient.

M. le Président de la République prononçait alors le discours suivant :

« Monseigneur,

Monsieur le Ministre,

Mesdames et Messieurs parlementaires et amis,

Nous sommes réunis aujourd’hui pour une cérémonie aussi simple qu’exceptionnelle. Simple parce que nous avons voulu en faire un signe d’amitié, exceptionnelle parce qu’elle se situe en même temps que se déroule la conférence sur le climat et ce lien n’est pas fortuit. Car si cette conférence a lieu, si elle lève une très grande espérance - et nous voulons tous qu’il puisse y avoir un accord jeudi - c’est parce que Vous y avez Vous-même contribué. C’est la raison pour laquelle je souhaitais que nous puissions Vous remettre cette distinction à l’occasion de cette conférence.

Je vais donc Vous élever au plus haut grade de l’Ordre du Mérite maritime qui est l’ordre par lequel la République honore la grande famille des gens de mer. Cette distinction est également l’héritière de la médaille du mérite maritime qu’avait créé Louis XIV pour honorer les meilleurs marins du royaume. Nous ne sommes plus dans une monarchie, mais nous avons toujours voulu garder cette histoire, cette tradition : honorer les meilleurs marins du monde. Le destin de Votre famille est, depuis des siècles, indissolublement lié à l’océan. La dynastie des Grimaldi est en effet issue de Gênes, patrie de navigateurs célèbres. Elle a compté plusieurs amiraux.

Votre trisaïeul Albert Ier était appelé le Prince de la Science mais aussi le Prince navigateur. Il a été formé à la navigation dans une bonne et grande école, l’école de Lorient.

Monsieur Le Drian ne peut pas être parmi nous mais son esprit l’est indubitablement. Albert Ier s’est battu dans la marine française. De 1885 à 1914, il a sillonné les océans pour y mener également de grandes missions océanographiques qui restent encore aujourd’hui des références.

Il a créé une formidable et grande institution qui est aussi l’union entre nos deux Etats : la Fondation Albert Ier, avec le Musée océanographique de Monaco et l’Institut océanographique de Paris qu’il a voulu installer dans la Maison des océans, ici dans notre capitale. Il voulait que ce lieu de savoir qu’est Paris puisse ressembler à la ville dont il parlait, une ville dont l’esprit et le cœur ont souvent dirigé l’esprit et le cœur de l’humanité entière. Je reprends ses paroles au moment même où Paris a été victime d’attentats odieux, et où pour Paris se sont levés beaucoup de nos concitoyens en France, et aussi beaucoup d’amoureux de la France qui ont pu ici ou là exprimer leur ferveur.

Je n’oublie pas non plus que c’est Votre père, le Prince Rainier, qui avait proposé à Jacques-Yves Cousteau de diriger le Musée océanographique de la Principauté. Il y resta 31 ans, de 1957 à 1988. Depuis, la coopération franco-monégasque en matière océanographique ne s’est jamais ralentie. Le sommet sur l’Arctique réuni le 17 mars dernier en Votre présence, à l’initiative de Laurent Fabius, en a été une remarquable illustration, là encore dans le cadre de la préparation de la Conférence sur le climat.

Comment s’étonner alors que Vous ayez Vous aussi, très jeune, cédé à l’appel du large et que Vous soyez devenu un homme de la mer à votre tour ? Puisqu’à vingt-trois ans, de septembre 1981 à avril 1982, Vous avez suivi une formation d’élève-officier sur le croiseur-école Jeanne d’Arc. Vous avez alors fait le tour du monde sur ce bateau battant pavillon français et Vous avez été fait capitaine de vaisseau honoraire de la marine nationale. C’est sûrement en souvenir de ce lien très fort que Vous avez invité notre marine nationale pour qu’elle envoie l’un de ses bâtiments en escale à Monaco le 19 novembre prochain, à l’occasion de la prochaine fête nationale de la Principauté. Nous y serons.

Voilà plus de trente ans néanmoins que Vous avez débarqué du Jeanne d’Arc, mais Vous n’avez jamais cessé de naviguer et des expéditions Vous ont conduit - j’en ai fait moi-même la vérification - dans des lieux extrêmes. Vous avez rallié successivement le pôle Nord et le pôle Sud magnétiques, Vous avez exploré dans le Pacifique des îles encore inhabitées par l’Homme. Vous connaissez non seulement la surface de la mer mais également les beautés sous-marines puisque Vous êtes un plongeur émérite.

C’est à l’occasion de ces expéditions, à l’occasion aussi de ces voyages sous la mer que Vous avez pu observer les effets ravageurs de la pollution, de la surexploitation des ressources, du réchauffement climatique. Alors Vous Vous êtes transformé en lanceur d’alerte sans chercher quelque rémunération en contrepartie, pour nous dire les dangers que courait la planète.

Vous avez initié en 2008 la déclaration de Monaco, cet appel de 155 spécialistes de la mer issus de 26 pays différents. Ce fut une étape décisive dans la prise de conscience du phénomène de l’acidification des océans, qui est là encore un des sujets de la conférence sur le climat.

En 2010, Vous avez lancé la Monaco Blue Initiative qui est devenu le grand rendez-vous annuel des acteurs de la société civile et du monde économique qui se mobilisent pour la protection des océans.

Là aussi Vous avez été capable de drainer des financements pour qu’il puisse y avoir des investissements protecteurs.

Vous Vous êtes également engagé dans la préservation de la biodiversité, la biodiversité marine notamment. C’est Votre combat pour sauver le thon rouge de Méditerranée qui a permis la mise en place d’une gestion raisonnée de cette pêche. Le ministre, Alain Vidalies y veille.

La Principauté joue un rôle moteur aux côtés de la France, de l’Italie, d’autres partenaires, dans un sujet qui inquiète et mobilise notamment les enfants : la protection des mammifères marins. Ensemble et sous Votre impulsion, Monaco et la France soutiennent avec force la création d’aires marines protégées en Méditerranée.

Vous avez voulu également créer Votre fondation, la Fondation Albert II en 2006 après le voyage que Vous avez effectué en Arctique qui a donné une dimension mondiale à Votre action en faveur de l’environnement.

Vous appelez aujourd’hui à protéger la Mer de Ross également appelée le Dernier Océan en Antarctique car elle est la seule région océanique dont l’écosystème n’a pas encore été altéré par l’Homme. Nous souhaitons que Vous puissiez avoir gain de cause dans le combat que Vous avez engagé.

Fort de cette expérience, Vous Vous déplacez dans de nombreuses conférences et Vous portez dans ces enceintes internationales, sur ces sujets, le même message. Je Vous ai entendu à la conférence Rio+20 et également à la COP21.

Vous avez réitéré cet appel que Vous avez lancé au côté de la France et des pays membres de l’Union européenne en faveur de ce que nous cherchons, l’accord universel de Paris, qui prenne pleinement en compte la dimension océanique du réchauffement climatique car ne l’oublions pas ce sont les océans qui permettent d’absorber le CO2 que nous dégageons nous-mêmes.

Monseigneur, défendre la mer est la vocation naturelle de Monaco mais c’est aussi Votre passion personnelle. C’est également la responsabilité de la France dont le domaine maritime, qui est déjà le deuxième du monde - et les Français doivent considérer que c’est une richesse considérable - ne cesse de s’étendre.

Car nous veillons à défendre au mieux les plateaux qui nous permettent d’avoir une meilleure ressource mais aussi une meilleure protection de notre espace maritime.

Par cette cérémonie exceptionnelle, je veux aussi saisir l’occasion de saluer l’étroitesse des relations d’amitié entre la France et la Principauté de Monaco. Une amitié qui n’est pas simplement une leçon, un héritage de l’Histoire, une amitié que nous arriverons à faire fructifier autour de projets communs. C’est la raison pour laquelle je veux Vous dire à la fois tout mon respect et en même temps l’engagement qui est le mien pour que nous puissions, la Principauté et la France, avancer dans ce domaine qui Vous est si cher, la protection des océans mais aussi la défense de nos intérêts communs.

Je veux maintenant procéder à cette cérémonie puisque Vous allez être élevé Commandeur de l’Ordre du Mérite maritime. C’est la première fois que je remets cette distinction et j’en suis très fier. »

Puis le Président de la République remettait au Souverain la cravate de Commandeur de l’Ordre du Mérite maritime.

S.A.S. le Prince prenait alors la parole :

« Monsieur le Président,

Monsieur le Ministre,

Excellences,

Chers Amis,

Je suis très honoré de recevoir l’éminente distinction de Commandeur de l’Ordre du Mérite maritime. Comme vous le savez, mon pays est profondément attaché à la mer, la Mer Méditerranée : par sa géographie, sa culture et par son Histoire, et surtout par le cœur.

Ma famille, par l’héritage qu’elle m’a laissé, a forgé mon engagement pour la protection de toutes les mers afin de renouveler l’idéal du Prince Albert Ier, particulièrement en ces périodes si tragiques, « cette faculté de la mer à relier les peuples, ce pouvoir d’imaginer un monde de lumière et de paix ».

Aussi, suis-je profondément touché que la France mette en exergue, à travers cette médaille du mérite maritime, le travail accompli par la Principauté autour de la thématique de la mer. J’y vois aussi une nouvelle marque des relations si privilégiées qui unissent la France à Monaco.

Au cours de l’Histoire, la mer a largement contribué à l’excellence de nos relations.

A l’époque où la mer était avant tout un champ de bataille, les princes de Monaco tenaient leur place aux côtés des rois de France. Quelques belles victoires ont ainsi valu au Prince Rainier Ier le titre d’amiral général de France.

Au tournant du siècle dernier, le Prince Albert Ier a mis sa passion au service de la science pour percer les mystères de l’océan.

Cette quête l’a conduit à mener personnellement 28 campagnes scientifiques, en s’entourant des meilleurs spécialistes - souvent français - et même des prix Nobel - pour sonder l’étendue de la vie marine, des Açores à l’Arctique et de la surface aux abysses. L’océanographie était née.

C’est au cœur du Quartier latin, à Paris, que mon trisaïeul a choisi d’implanter le siège de l’Institut océanographique.

Dans cette droite ligne, mon Père, le Prince Rainier III, a fait preuve d’un fort engagement en faveur de la protection des mers et de leur biodiversité.

Ainsi, il y a 40 ans, lançait-il l’accord RAMOGE qui demeure un modèle de coopération transnationale en matière d’environnement marin et de lutte contre les risques de pollution et créait, cette même année, la première aire marine protégée dans les eaux territoriales de la Principauté.

Il fut par ailleurs à l’origine, il y a 20 ans d’ACCOBAMS, accord sur la conservation des cétacés de la mer Noire, de la Mer Méditerranée et de la zone Atlantique adjacente.

Enfin, il relança la Commission Internationale pour l’Exploitation Scientifique de la Mer Méditerranée initialement imaginée par le Prince Albert Ier dont le siège, à l’identique de RAMOGE et ACCOBAMS, est situé en Principauté.

Aujourd’hui, la France et Monaco mènent ensemble des actions très importantes afin que les océans puissent rester vivants.

La France a su entendre l’appel de Monaco lancé à la communauté internationale pour la protection des thons rouges et l’impérieuse nécessité de limiter les quotas de pêche. Le déclin semble enrayé, ce qui atteste que des résultats sont accessibles et qu’il faut oser l’action et l’encourager.

Notre santé comme notre cadre de vie dépendent de la santé de l’océan. Je crois beaucoup, vous le savez, à l’apport des aires marines protégées dont la mission est de protéger la biodiversité tout en contribuant au développement durable local. Ce concept assez large ne constitue en rien une baguette magique et chaque projet est davantage un nouveau départ qu’un aboutissement.

La France, avec Monaco et l’Italie, a innové en la matière, en créant en 1999 le sanctuaire Pelagos pour la protection des mammifères marins en Méditerranée. Ces dernières années ont montré que cet accord ambitieux peut s’essouffler.

Je souhaite que nous repartions de l’avant et retrouvions le souffle d’innovation qui a porté ce magnifique sanctuaire à ses débuts. Monaco y apportera tout son soutien.

Lors de votre visite à Monaco, le 14 novembre 2013, Monsieur le Président, nous avons pu échanger sur une initiative qui me tient à cœur avec la création du fonds fiduciaire dédié au financement des Aires Marines Protégées de Méditerranée.

Vous m’avez réaffirmé le soutien de la France dans cette action d’envergure.

D’autres problématiques méritent d’être abordées, même si elles imposent de revoir en profondeur nos systèmes industriels, nos habitudes et notre mode de développement depuis un siècle.

Une menace importante et sournoise vient des pollutions chroniques, inscrites dans notre quotidien au point d’en sembler indissociables. Je pense notamment aux pollutions plastiques. L’initiative récente du G7 de lutter contre ces déchets est intéressante et certainement la France y jouera un rôle actif.

Je sais pouvoir trouver auprès de vous une oreille attentive.

Je salue votre courage d’avoir relevé le défi d’organiser et de maintenir la COP21 malgré les évènements dramatiques que vient de connaître Paris. C’est un souffle d’espoir. Je salue aussi l’initiative de la France d’ouvrir à l’Océan les portes de la COP21, même si je regrette évidemment qu’il ne soit pas au cœur des négociations.

La France a des champions : dans l’observation des océans par satellites, l’exploration des grands fonds, les navires du futur ou encore les énergies renouvelables.

J’y vois les fondements inébranlables d’une convergence de vues et une entente profonde et durable pour poursuivre ensemble le même objectif : que la connaissance et la protection des mers servent à l’amélioration de la condition des hommes.

C’est ainsi que j’ose voir dans cette distinction le signe d’une certaine évolution de la notion même de mérite maritime, qui valorise la contribution au développement d’une société maritime durable.

La jouissance de la mer ne peut se concevoir sans respect, sans une protection de l’environnement marin basée sur la connaissance intime de ce milieu particulier. Les limites de notre planète ne doivent pas être un obstacle, mais un défi à relever, un appel à l’innovation, à la coopération, à la solidarité.

La France et Monaco ne manquent ni de volonté, ni d’atouts pour montrer, d’un même élan, la voie de cette évolution.

Je vous remercie. »

A l’issue, un cocktail était servi.

Vers 10 h 45, S.A.S. le Prince prenait congé et quittait le Palais de l’Elysée par la Cour d’Honneur.

Assistaient à la cérémonie, côté français :

M. Alain Vidalies, Secrétaire d’Etat chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche ; M. Didier Guillaume, Sénateur de la Drôme, Président du groupe PS au Sénat ; M. Jean-Pierre Jouyet, Secrétaire général de la Présidence de la République ; Général d’Armée Benoît Puga, Chef de l’Etat-major particulier du Président de la République ; M. Thierry Lataste, Directeur de Cabinet du Président de la République ; M. Jacques Audibert, Conseiller diplomatique du Président de la République ; M. Christian Masset, Secrétaire général du Ministère des Affaires étrangères et du Développement international ; M. Xavier Sticker, Ambassadeur délégué à l’environnement ; M. Serge Segura, Ambassadeur chargé des océans ; S.E. M. Hadelin de La Tour-Du-Pin, Ambassadeur de France à Monaco ; M. Michel Aymeric, Secrétaire général de la mer ; M. Nicolas Hulot, Envoyé spécial du Président de la République pour la protection de la Planète ; M. Jacques Rougerie, Président de la Fondation Jacques Rougerie ; Mme Catherine Chabaud, Présidente de la plateforme Océan & Climat et de l’association Innovations Bleues ; M. Olivier Laroussinie, Directeur de l’Agence des Aires marines protégées.

Côté monégasque : S.E. M. l’Ambassadeur de Monaco en France et Mme Claude Cottalorda ; Me et Mme Thierry Lacoste ; M. Patrick Roeser et Mme Isabelle Travert ; M. et Mme Béchara El-Khoury ; Lieutenant-colonel Jean-Luc Carcenac, Aide de Camp de S.A.S. le Prince ; M. Philippe Brousse, Conseiller technique auprès du Chambellan de S.A.S. le Prince ; M. Nicolas Saussier, Chef du Service de Presse du Palais.

 



 
      

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Dernière mise à jour: 02/26/2016 09:38:59 AM